
Les semelles filantes conviennent aux sols portants (portance ≥ 0,1 MPa), tandis que les micropieux s’imposent dès que le bon sol se situe à plus de 4 mètres de profondeur ou que le terrain présente une instabilité géotechnique avérée. Pourtant, choisir entre ces deux systèmes sans s’appuyer sur une étude de sol expose le maître d’ouvrage à des tassements différentiels, voire à des sinistres structurels coûteux. C’est précisément le rôle de la mission géotechnique de conception (G2) que de trancher cette question, en croisant nature du terrain, descente de charges et contraintes de chantier.
Semelles filantes : quand le sol est suffisamment portant
La semelle filante est la fondation superficielle de référence, encadrée par le DTU 13.11. Elle se présente comme une bande continue en béton armé coulée sous les murs porteurs. Son principe repose sur la répartition des charges sur une large surface de sol.
Elle reste adaptée lorsque le sol de fondation est homogène et stable jusqu’à la profondeur hors gel (soit 60 à 80 cm en Île-de-France). Les terrains sableux, graveleux ou limoneux consolidés offrent généralement une portance suffisante. En revanche, la présence d’argile, même à faible proportion, impose une vérification rigoureuse des risques de retrait-gonflement.
Du point de vue économique, les fondations sur semelles filantes reviennent en moyenne à 8 000 à 12 000 € pour une maison individuelle, terrassement et béton armé inclus. Ce coût peut toutefois augmenter significativement si la profondeur de bon sol dépasse 1,20 mètre, rendant alors l’option des micropieux financièrement compétitive.
Les critères géotechniques favorables aux semelles
Plusieurs indicateurs issus de l’étude de sol G2 orientent vers une solution en semelles filantes. Les voici réunis :
- Portance mesurée supérieure ou égale à 0,1 MPa (résultat des essais pénétrométriques ou pressiométriques)
- Absence de couche compressible ou de remblai non consolidé en surface
- Profondeur du bon sol inférieure à 1,50 mètre
- Terrain non classé en aléa retrait-gonflement des argiles (aléa faible ou nul sur Géorisques)
Le rôle clé de la mission G2 dans la validation des semelles
La mission G2 AVP (avant-projet) est l’étape qui valide ou infirme le recours aux semelles filantes. Elle comprend des sondages, des essais en place et l’établissement d’un modèle géotechnique du site. Sans elle, aucun dimensionnement fiable n’est possible.
La loi ELAN du 23 novembre 2018, codifiée à l’article L. 112-21 du Code de la construction et de l’habitation, rend obligatoire cette étude pour toute construction neuve en zone d’aléa moyen ou fort de retrait-gonflement des argiles. Elle conditionne directement le choix du système de fondation retenu par le bureau d’études structure.
Micropieux : la réponse aux sols instables ou profonds

Le micropieu est un élément de fondation profonde de faible diamètre (généralement 80 à 250 mm) foré et injecté au coulis de ciment. Il transmet les charges de la structure vers des couches de sol résistantes situées en profondeur, en s’affranchissant des couches superficielles instables.
Sa conception et son dimensionnement relèvent de la norme NF P 94-262, norme d’application nationale de l’Eurocode 7 pour les fondations profondes. Cette norme distingue plusieurs types de micropieux (II, III, IV) selon le mode d’injection et le niveau de reprise de charge.
Le recours aux micropieux ne découle jamais d’un choix arbitraire. Il résulte systématiquement d’une étude géotechnique qui conclut à l’impossibilité ou au risque excessif associé aux fondations superficielles. C’est pourquoi une étude de sol G1 préalable permet souvent d’anticiper cette nécessité dès la phase de cession du terrain.
Les situations géotechniques qui imposent les micropieux
Plusieurs configurations de terrain rendent les semelles filantes inappropriées. Une étude de sol G2 les met en évidence à travers les résultats de sondages et d’essais in situ.
- Sols argileux en aléa retrait-gonflement moyen ou fort, avec risque de soulèvement saisonnier
- Présence de remblais récents non consolidés sur plus de 2 mètres de profondeur
- Portance insuffisante (inférieure à 0,1 MPa) sur toute la profondeur accessible par semelles
- Bon sol identifié à plus de 4 mètres, rendant les fondations superficielles économiquement irrationnelles
Les types de micropieux et leurs domaines d’application
La norme NF P 94-262 classe les micropieux selon leur mode d’injection. Le type II correspond à une injection globale et unique. Le type III introduit une injection répétitive et sélective, et le type IV combine injection et refoulement, offrant la meilleure résistance en terrain difficile.
Le choix du type découle directement des résultats de l’étude de sol, notamment des valeurs de pression limite mesurées lors des essais pressiométriques. Ces données permettent au géotechnicien de calculer la résistance de frottement latéral et la résistance en pointe, qui conditionnent la longueur et le nombre de pieux à prévoir.
Semelles et micropieux : les différences techniques et économiques
Le tableau ci-dessous synthétise les principaux critères de différenciation entre les deux systèmes de fondation, tels qu’ils ressortent d’une mission géotechnique G2 complète.
| Critère | Semelles filantes | Micropieux |
| Type de fondation | Superficielle | Profonde |
| Norme de référence | DTU 13.11 | NF P 94-262 / Eurocode 7 |
| Profondeur typique | 0,60 à 1,50 m | 4 à 20 m selon le terrain |
| Sol adapté | Homogène, portance ≥ 0,1 MPa | Instable, compressible, argileux |
| Coût indicatif | 8 000 à 12 000 € | 15 000 à 30 000 € |
| Délai de mise en œuvre | Rapide (2 à 3 jours) | Plus long (4 à 10 jours) |
| Accès engin de chantier | Standard | Nécessaire (foreuse) |
Comment l’étude de sol G2 oriente le choix de fondation ?

La mission G2 est structurée en deux phases. La phase AVP (avant-projet) propose le modèle géotechnique et les hypothèses de fondation. La phase PRO (projet) définit les dimensionnements précis, les niveaux d’assise et les justifications aux états limites selon l’Eurocode 7.
C’est à l’issue de la phase AVP que le géotechnicien formule sa recommandation. Si les essais pressiométriques révèlent une pression limite supérieure à 0,5 MPa dès 1,50 m de profondeur, les semelles filantes sont techniquement justifiées. Dans le cas contraire, le rapport préconise des fondations profondes et en précise le type.
En Hauts-de-Seine, les terrains varient fortement d’une commune à l’autre. Les abords de la Seine présentent des alluvions récentes peu consolidées, tandis que les plateaux calcaires du nord du département offrent de meilleures conditions portantes. Cette hétérogénéité renforce l’intérêt d’une étude de sol G5 dans les cas de sinistres ou de pathologies existantes avant extension.
Micropieux sur nouvelle construction ou reprise en sous-œuvre ?
Les micropieux interviennent dans deux contextes distincts. Pour une construction neuve, ils constituent la fondation initiale lorsque la mission G2 exclut les fondations superficielles. Ils sont alors intégrés dès la conception structurelle et forés avant le démarrage du gros œuvre.
Dans le cadre d’une reprise en sous-œuvre, les micropieux sont forés sous un bâtiment existant dont les fondations ont cédé ou dont on projette une surélévation. Leur faible diamètre leur confère un avantage décisif dans ces situations d’accès restreint. La foreuse peut intervenir dans des sous-sols de hauteur limitée, là où aucun pieu traditionnel ne pourrait être mis en place.
Dans les deux cas, la étude hydrogéologique peut compléter utilement la mission G2. Elle permet d’évaluer l’incidence de la nappe phréatique sur la tenue des forages et sur le comportement à long terme des fondations injectées.